Vous avez livré la prestation, envoyé la facture... et rien. Le virement n'arrive pas. Les jours passent, l'échéance est dépassée, et votre client reste silencieux. En France, 56 % des entreprises subissent des retards de paiement et un quart des faillites de TPE sont directement liées à des factures impayées. Si vous êtes freelance, indépendant ou auto-entrepreneur, chaque impayé peut mettre en péril votre trésorerie.
La bonne nouvelle : il existe un parcours structuré en 7 étapes pour maximiser vos chances de récupérer votre argent, de la simple relance amiable jusqu'à la procédure judiciaire. Ce guide vous accompagne à chaque étape avec des conseils concrets, des références légales et des liens vers nos ressources détaillées.
- Première réaction : ne pas attendre
- Étape 1 : Vérifier votre facture
- Étape 2 : Le rappel amiable (J+1 à J+7)
- Étape 3 : La relance ferme avec pénalités (J+10 à J+20)
- Étape 4 : La mise en demeure (J+30 à J+45)
- Étape 5 : La proposition d'échéancier
- Étape 6 : La procédure simplifiée (petites créances)
- Étape 7 : L'injonction de payer (tribunal)
- Tableau récapitulatif des 7 étapes
- La prescription : combien de temps avez-vous ?
- Préparez relances et mise en demeure avec RECOV
Première réaction : ne pas attendre
C'est le réflexe le plus important et pourtant le plus souvent négligé. Quand une facture arrive à échéance sans être payée, beaucoup de freelances attendent. Par politesse, par peur de froisser le client, ou simplement par manque de temps. C'est une erreur coûteuse.
Les chiffres sont formels : plus le retard de paiement augmente, plus la probabilité de recouvrement diminue. À 30 jours de retard, vous avez encore 90 % de chances de récupérer votre argent. À 90 jours, cette probabilité tombe à 70 %. Au-delà de 6 mois, vous êtes en dessous de 50 %. Et après un an ? Moins de 25 %.
Ce constat s'applique à tous les profils : que vous soyez freelance confronté à un premier impayé ou auto-entrepreneur qui découvre la réalité des retards de paiement, la règle est la même. La rapidité de votre réaction est le facteur numéro un de succès.
Concrètement, cela signifie mettre en place un processus de suivi systématique. Dès que la date d'échéance est passée, même d'un seul jour, vous devez déclencher la première étape de votre parcours de recouvrement. Pas dans trois jours. Pas la semaine prochaine. Maintenant.
1 Étape 1 : Vérifier votre facture
Avant d'envoyer la moindre relance, prenez cinq minutes pour vérifier que votre facture est irréprochable. Un document incomplet ou erroné donne un argument au débiteur pour retarder le paiement, et peut même vous mettre en tort devant un tribunal.
Les mentions obligatoires à contrôler
- Numéro de facture : unique et séquentiel (exemple : FAC-2026-0042)
- Date d'émission et date d'échéance clairement indiquées
- Identité complète du créancier et du client (nom, adresse, SIRET)
- Description détaillée de la prestation ou du produit livré
- Montant HT, TVA et TTC (ou mention d'exoneration pour les auto-entrepreneurs)
- Conditions de paiement : délai, moyen de paiement accepté, coordonnées bancaires
- Taux des pénalités de retard et mention de l'indemnité forfaitaire de 40 €
L'article L441-9 du Code de commerce fixe la liste des mentions obligatoires sur une facture. L'absence de certaines mentions peut entraîner une amende de 75 000 € pour une personne physique. Par ailleurs, l'article L441-10 impose que les conditions de règlement et les pénalités de retard figurent dans vos CGV et sur vos factures.
Si vous constatez un oubli, corrigez votre facture avant de relancer. Une facture conforme est la base de toute démarche de recouvrement, qu'elle soit amiable ou judiciaire. Pensez aussi à vérifier que vos CGV contiennent les clauses indispensables relatives aux pénalités de retard et aux délais de paiement légaux.
2 Étape 2 : Le rappel amiable (J+1 à J+7)
Votre facture est conforme, l'échéance est dépassée : il est temps d'agir. Le premier contact doit être courtois et présumer de la bonne foi du client. Dans la majorité des cas, il s'agit d'un simple oubli, d'un problème administratif ou d'un email tombé dans les spams.
Email ou téléphone ?
Les deux se complètent. L'email a l'avantage de laisser une trace écrite (essentielle en cas de litige). Le téléphone permet d'obtenir une réponse immédiate et de comprendre la situation du client. L'ideal : un appel téléphonique suivi d'un email récapitulatif.
Le ton est important. À ce stade, vous ne reprochez rien. Vous rappelez simplement l'existence de la facture et demandez confirmation du règlement. Utilisez des formulations comme : « Sauf erreur de ma part... », « Il est possible que ce règlement soit en cours... ».
Besoin d'un modèle prêt à l'emploi ? Consultez nos 5 modèles d'email de relance de facture impayée avec le bon ton à chaque étape. Vous pouvez également utiliser notre modèle de lettre de relance pour un format plus formel.
Un rappel rapide et professionnel suffit souvent à débloquer la situation.
3 Étape 3 : La relance ferme avec pénalités (J+10 à J+20)
Votre rappel courtois est resté sans effet. Dix à vingt jours se sont écoulés depuis l'échéance. Il est temps de hausser le ton tout en restant dans le cadre amiable. L'objectif : rappeler au client les conséquences financières de son retard.
Mentionner les pénalités de retard
À partir de cette étape, vous devez explicitement informer votre client des pénalités qui s'appliquent de plein droit :
- Pénalités de retard : calculées sur la base du taux BCE majoré de 10 points (ou du taux prévu dans vos CGV, à condition qu'il ne soit pas inférieur à 3 fois le taux d'intérêt légal, soit 8,25 %). Le taux par défaut s'établit à 12,4 % par an au semestre en cours.
- Indemnité forfaitaire de recouvrement : 40 € par facture en retard, due de plein droit sans mise en demeure préalable (article D441-5 du Code de commerce).
Pour calculer précisément le montant des pénalités, utilisez notre calculateur de pénalités de retard. Vous trouverez également un guide détaillé sur le calcul des pénalités, les taux applicables et vos droits.
Les pénalités de retard sont exigibles de plein droit, sans qu'un rappel soit nécessaire, dès le jour suivant la date de règlement figurant sur la facture. L'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 € est également due de plein droit. Ces dispositions s'appliquent à toutes les transactions entre professionnels.
Chiffrer le montant total dû
Votre relance doit indiquer le montant exact des pénalités à la date du courrier. Un débiteur confronté à un chiffre précis prend la situation plus au sérieux qu'avec une simple mention générique. Détaillez : montant principal + pénalités de retard + indemnité forfaitaire = total dû.
4 Étape 4 : La mise en demeure (J+30 à J+45)
Trente à quarante-cinq jours sans paiement : vos relances amiables n'ont pas abouti. La mise en demeure est l'étape charnière entre le recouvrement amiable et la voie judiciaire. Aucun texte général n'en fait un préalable obligatoire à l'action en justice : l'injonction de payer ne l'exige pas (article 1405 du Code de procédure civile). La mise en demeure date pourtant votre demande et, face à un particulier, fait courir les intérêts (article 1344-1 du Code civil). Une assignation devant le tribunal judiciaire pour 5 000 euros au plus doit, elle, être précédée d'une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative, sauf exceptions (article 750-1 du Code de procédure civile).
Forme conseillée
L'article 1344 du Code civil n'impose aucune forme, mais la lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR), postale ou électronique par un prestataire qualifié, prouve la date d'envoi et, une fois l'avis signé, celle de la réception. L'envoi électronique à un particulier suppose son accord préalable. Le courrier doit contenir :
- La mention explicite « Mise en demeure » dans l'objet
- Le rappel détaillé de la créance (numéro de facture, montant, date d'échéance)
- Le décompte des pénalités de retard et de l'indemnité forfaitaire
- Un délai de paiement ferme (généralement 8 à 15 jours)
- L'annonce des suites judiciaires en cas de non-reglement
- Les références légales applicables
Retrouvez notre modèle gratuit de mise en demeure et guide complet pour rédiger un courrier juridiquement solide. Pour comprendre les différences entre les démarchés amiables et les procédures judiciaires, consultez notre comparatif recouvrement amiable vs judiciaire.
L'article 1344 du Code civil dispose que le débiteur est mis en demeure de payer « soit par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante, soit, si le contrat le prévoit, par la seule exigibilité de l'obligation ». L'article 1344-1 ajoute que la mise en demeure de payer une somme d'argent fait courir l'intérêt moratoire, au taux légal. Une LRAR qui réclame clairement le paiement peut constituer cette interpellation suffisante.
5 Étape 5 : La proposition d'échéancier
Cette étape peut intervenir à tout moment du processus, dès lors que le débiteur manifeste une volonté de payer mais une difficulté de trésorerie. Proposer un échéancier n'est pas un signe de faiblesse : c'est une stratégie pragmatique pour récupérer votre argent.
Quand proposer un échéancier ?
Un échéancier est pertinent quand :
- Le client reconnaît sa dette mais invoque des difficultés financières temporaires
- Le montant est élevé et un paiement fractionné est plus réaliste qu'un paiement unique
- Vous souhaitez préserver la relation commerciale pour des projets futurs
- Le rapport coût/temps d'une procédure judiciaire est défavorable par rapport au montant en jeu
Comment structurer l'échéancier ?
Un bon échéancier est écrit, signé par les deux parties et prévoit des conséquences en cas de défaillance. Il doit mentionner :
- Le montant total de la dette (principal + pénalités + indemnité forfaitaire)
- Le nombre d'échéances et les dates précises de chaque versement
- Le montant de chaque échéance
- Une clause de déchéance du terme : si une seule échéance n'est pas respectée, la totalité du solde devient immédiatement exigible
6 Étape 6 : La procédure simplifiée (petites créances < 5 000 €)
Si vos relances et votre mise en demeure sont restées sans effet, et que votre créance n'excède pas 5 000 € en principal et intérêts (article R125-1 du Code des procédures civiles d'exécution), vous pouvez recourir à la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances, sauf si vous et votre client êtes tous deux commerçants : depuis le 25 avril 2026, les créances facturées entre commerçants en sont exclues (article L125-1). Introduite par la loi Macron de 2015, cette procédure est rapide, peu coûteuse et ne nécessite pas de passage devant un juge.
Comment ça fonctionne ?
- Saisir un commissaire de justice (ex-huissier de justice) en lui transmettant votre dossier : facture, mise en demeure LRAR, preuves de relances.
- Le commissaire de justice envoie un courrier au débiteur lui proposant de participer à la procédure.
- Le débiteur a un mois pour accepter ou refuser.
- S'il accepte, un accord de paiement est conclu et le commissaire de justice délivre un titre exécutoire.
- S'il refuse ou ne répond pas, vous pouvez alors saisir le tribunal pour une injonction de payer.
Les frais de toute nature qu'occasionne la procédure sont à la charge exclusive du créancier (article L125-1 du Code des procédures civiles d'exécution). Cette procédure est particulièrement adaptée aux freelances et auto-entrepreneurs confrontés à des impayés de montants modestes.
Pour en savoir plus sur les procédures judiciaires disponibles, consultez notre guide sur la procédure d'injonction de payer.
7 Étape 7 : L'injonction de payer (tribunal)
Ultime recours : la procédure d'injonction de payer. C'est une procédure judiciaire simplifiée qui permet d'obtenir un titre exécutoire sans audience contradictoire. Elle est adaptée aux créances certaines, liquides et exigibles, c'est-à-dire des créances dont le montant est déterminé et la date de paiement est passée.
Devant quel tribunal ?
- Tribunal de commerce : si votre client est un commerçant ou une société commerciale
- Tribunal judiciaire : dans les autres cas (professions libérales, associations, particuliers)
La procédure étape par étape
- Déposer une requête auprès du greffe du tribunal compétent (formulaire CERFA n°12946*02 pour le tribunal de commerce)
- Joindre les pièces justificatives : facture, contrat, mise en demeure LRAR, historique des relances
- Le juge examine la requête sans audience et rend une ordonnance
- En cas d'ordonnance favorable, la faire signifier au débiteur par un commissaire de justice dans un délai de trois mois (six mois auparavant)
- Le débiteur dispose d'un mois pour faire opposition ; s'il le fait, le greffe vous en transmet l'avis
- Sans avis d'opposition, l'ordonnance devient exécutoire d'elle-même deux mois après la signification : il n'y a plus de certificat de non-opposition à demander au greffe
Ces trois délais valent pour les ordonnances rendues depuis le 1er septembre 2026 (décret n° 2026-96 du 16 février 2026). Pour une ordonnance antérieure, l'ancienne procédure s'applique.
Coûts et délais
Le dépôt de la requête coûte environ 33,47 € devant le tribunal de commerce (timbre fiscal). La signification par commissaire de justice représente environ 50 à 80 €. La procédure prend généralement entre 1 et 3 mois selon la charge du tribunal.
Retrouvez le détail complet de cette procédure dans notre guide dédié : Injonction de payer : procédure complète, coûts et délais.
La procédure d'injonction de payer est régie par les articles 1405 à 1425 du Code de procédure civile. Elle est ouverte à tout créancier détenant une créance certaine, liquide et exigible, quels que soient le montant et la nature de la créance (civile ou commerciale).
Tableau récapitulatif des 7 étapes
Voici une vue d'ensemble des 7 étapes pour récupérer une facture impayée, avec les délais, les actions à mener, les coûts estimés et les ressources associées :
| Étape | Délai | Action | Coût | Ressource |
|---|---|---|---|---|
| 1. Vérification | J+0 | Contrôler la conformité de la facture | Gratuit | CGV freelance |
| 2. Rappel amiable | J+1 à J+7 | Email courtois + appel téléphonique | Gratuit | Modèles email |
| 3. Relance ferme | J+10 à J+20 | Email avec mention pénalités + indemnité 40 € | Gratuit | Calcul pénalités |
| 4. Mise en demeure | J+30 à J+45 | LRAR avec mise en demeure formelle | ~7 € (LRAR) | Modèle MED |
| 5. Échéancier | Variable | Proposition d'accord amiable de paiement | Gratuit | Guide relance |
| 6. Procédure simplifiée | J+45 à J+75 | Saisine commissaire de justice (< 5 000 €) | ~30 à 60 € | Procédure injonction |
| 7. Injonction de payer | J+60 à J+120 | Requête auprès du tribunal compétent | ~80 à 120 € | Procédure injonction |
La prescription : combien de temps avez-vous ?
Le temps ne joue pas seulement contre vos chances de recouvrement : il joue aussi contre vos droits légaux. Passé un certain délai, votre créance est prescrite et vous ne pouvez plus agir en justice pour la récupérer.
Les délais de prescription
- 5 ans entre professionnels (article L110-4 du Code de commerce) : c'est le délai le plus courant pour les freelances et indépendants qui travaillent avec d'autres entreprises.
- 2 ans avec un particulier (article L218-2 du Code de la consommation) : si votre client est un consommateur (cas plus rare pour les freelances, mais possible).
Le délai court de l'exécution de la prestation (Cass. com., 26 février 2020, n° 18-25.036) : comptez-le au plus tard depuis la date de la facture, pas depuis l'échéance. Face à une personne publique, le délai est de 4 ans à partir du 1er janvier qui suit la prestation (loi n° 68-1250).
Interruption de la prescription
La bonne nouvelle : certains actes interrompent la prescription et font courir un nouveau délai complet. Une mise en demeure, même par LRAR, n'en fait pas partie en droit commun (articles 2240 à 2244 du Code civil) ; face à une personne publique, en revanche, toute réclamation écrite interrompt la déchéance quadriennale.
- La reconnaissance de dette par le débiteur (même un email ou un début de paiement)
- L'acte de saisine du tribunal (requête en injonction de payer, assignation)
- Un commandement de payer délivré par un commissaire de justice
La reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait interrompt le délai de prescription. Concrètement, si votre client vous écrit « Je paierai le mois prochain » ou effectue un paiement partiel, le délai de prescription repart à zéro.
C'est une raison supplémentaire d'agir rapidement : non seulement vos chances de recouvrement diminuent avec le temps, mais vous risquez en plus de voir votre créance prescrite si vous laissez les années passer. Pour approfondir les règles sur les délais de paiement légaux, consultez notre article dédié.
Préparez relances et mise en demeure avec RECOV
Suivre manuellement ce parcours en 7 étapes prend du temps. Vérifier les mentions, rédiger les emails, calculer les pénalités, préparer la mise en demeure... En tant que freelance, chaque heure passée à relancer un mauvais payeur est une heure que vous ne facturez pas.
RECOV prépare les relances et la mise en demeure de ce parcours. Vous saisissez les informations de votre facture et de votre client ; l'outil prépare chaque relance avec le ton de l'étape, les références légales et le calcul des pénalités, puis vous la relisez avant de l'envoyer. La mise en demeure est un PDF que vous relisez et signez.
Pour situer cette approche par rapport aux outils de facturation et aux plateformes de relance déjà installées sur le marché, voir notre comparatif des logiciels de relance de facture.
Une séquence de relance adaptée, prête à relire
Du rappel amical à la mise en demeure, RECOV produit une séquence de relance personnalisée : jusqu'à 8 relances sur 60 jours avec le bon ton et les bonnes mentions légales à chaque étape. Pénalités calculées automatiquement, avec l'indemnité forfaitaire entre professionnels.
Calculer mes pénalités →- E-mails préparés pour chaque étape, avec le ton qui lui convient, à relire avant envoi
- Calcul automatique des pénalités de retard et de l'indemnité forfaitaire de 40 €
- Mise en demeure formelle prête à imprimer et envoyer en LRAR
- Suivi centralisé de toutes vos relances en un seul endroit
- RECOV Solo gratuit, sans engagement de durée
Ne laissez plus un impayé sans réponse
Ce guide couvre les 7 étapes du recouvrement. RECOV prépare les relances et la mise en demeure ; vous relisez, envoyez et suivez chaque dossier.
Calculer mes pénalités →Le recouvrement d'une facture impayée n'est jamais une partie de plaisir. Mais avec un processus structuré, les bons outils et une connaissance claire de vos droits, vous maximisez vos chances de récupérer votre argent tout en préservant vos relations commerciales. L'essentiel est de ne jamais attendre : chaque jour compte.